Prix Versele - Sélection 2017

 

Sous l’œil bienveillant de la chouette, son animal fétiche, le prix Bernard Versele de la Ligue des familles poursuit son petit bonhomme de chemin.

En voici la cuvée 2017. Pleins feux sur les 25 titres sélectionnés, classés en cinq catégories « Chouettes » à la complexité de lecture croissante.

 

Des découvertes, des émotions, des surprises, des classiques revisités, vous constaterez, grâce aux notices d’accompagnement, que cette sélection 2017 est d’une richesse folle.

Et soit dit en passant, même si le prix Versele s’adresse en priorité aux lecteurs âgés de 3 à 13 ans, rien n’empêche les adultes de lire la sélection. Pour accompagner les enfants, pour se mettre au parfum de la production éditoriale jeunesse, mais aussi pour leur propre plaisir.
Dès demain et tout au long de l’année scolaire, des « passeurs de livres » vont partager ces pépites avec leurs lecteurs. Avant tout en classe ou à la bibliothèque. Mais pourquoi ne pas faire le Versele en famille ? Pourquoi ne pas proposer aux enfants de votre entourage, non seulement de picorer dans cette liste, mais aussi de faire connaître leurs préférences et leur choix ?

 


Voici les 5 livres choisis par les 55.000 enfants !


Catégorie 1 Chouette (dès 3 ans)

 

La chambre du lion - Adrien Parlange - Albin Michel Jeunesse
De la couverture à la dernière page, plan fixe sur la chambre du lion. À gauche, le rideau.

À droite, le miroir. Au dessus, le lustre.

À l’avant-plan, le lit. D’accord, risquer de tomber nez à nez avec un lion, ça fait peur. Mais il n’empêche qu’il est quand même très tentant de découvrir à quoi ressemble la chambre du roi des animaux. Quitte à se trouver une cachette au moindre bruit.

C’est en tous cas l’avis d’un petit garçon curieux, et puis d’un autre, et puis d’une petite fille, sans compter la souris, le chien, la volée d’oiseaux, et même peut-être le moustique et l’araignée. Le lion, lui, est absent, cela va sans dire. Mais on sent bien qu’il ne va pas tarder à rentrer.

Et on est pressé de savoir s’il va sentir qu’il n’est pas tout seul et comment il va réagir !

 


 

Dodo - Dorothée de Monfreid - l’école des loisirs (Loulou & Cie)

 

Ils se prénomment Micha, Jane, Zaza, Kaki, Nono, Omar, Pedro et Popov. Huit chiens dans huit lits superposés. L’histoire commence dans le noir absolu. En principe, tout le monde dort. Des onomatopées traduisent les ronflements de Popov. Ronflements qui réveillent Nono. Lequel interpelle Micha qui lui dit chut. Trop tard.
À présent, tous les huit sont réveillés.

Et finissent par se rassembler sur la couche de Micha, prêt à leur lire une histoire.

Une construction très BD qui oblige le lecteur à zigzaguer joyeusement d’un phylactère à l’autre… jusqu’au petit matin.

 


 Papa à grands pas - Nadine Brun-Cosme et Aurélie Guillerey - Nathan

 

Sur le chemin de la crèche, la voiture du papa de Mathieu ne veut pas démarrer. Et Mathieu de s’inquiéter. Et si son papa ne pouvait pas venir le chercher ? Malgré la réponse rassurante du papa, « Je viendrais te chercher avec le gros tracteur rouge du voisin », Mathieu n’en reste pas là. Et si le gros tracteur rouge était trop fatigué ? Et si… Et si … ? À chaque question, le papa trouve une réponse pleine de tendresse et de plus en plus fantaisiste. Fantaisie et tendresse présentes aussi dans les illustrations délicieusement vintage d’une artiste qui se dit très inspirée par les graphistes et affichistes des années 1950-60.

 


Le mystère - Rebecca Cobb - Nord-Sud

 

Imaginez que vous jouez à la balle sur une pelouse et que, brusquement, votre balle est happée par un trou. C’est ce qui arrive au jeune héros de cet album. Il a beau essayer de scruter l’intérieur du trou. Peine perdue. Il fait trop sombre et son bras est trop petit. Alors, il réfléchit. Et il interroge. Maman, papa, sa sœur, ses amis. Et même Papi et Mamie. Les réponses vont dans tous les sens. Cela va de la maison d’une souris au refuge d’un troll ou au repaire d’un dragon. On n’est pas étonné de constater que les hypothèses des adultes sont les plus réalistes. Le temps passe. Les saisons défilent. « C’est chouette que quelque chose soit venu habiter chez nous », dit simplement le petit garçon, plein de patience.

 


 

Je suis un lion - Antonin Louchard - Seuil Jeunesse
Vous le voyez sur la couverture ? Il marche d’un pas décidé et il n’a pas l’air commode, ce lion ! Si, si, c’est un lion. Il le proclame. Il sait quand même qui il est, non ? En tous cas, le crocodile - bête impressionnante s’il en est - reste bouche bée devant son insolence. Dans un décor de palmiers du désert, la tension monte entre les deux protagonistes. Jusqu’à la chute finale qu’on se garde bien de vous dévoiler. Juste vous dire que l’auteur fait appel à Jacques Cœur (1395-1456) pour tirer en 4e de couverture la morale de cette histoire désopilante : « À cœur vaillant, rien d’impossible ».

Sacré Antonin Louchard !

 


Catégorie 2 Chouettes (dès 5 ans)

 

Un tour de cochons - Françoise Rogier* - À pas de loups

 

C’est l’histoire revisitée des trois petits cochons, ponctuée d’espièglerie, d’une bonne dose de ruse et de clins d’œil à divers autres contes. Trois porcelets roses à souhait et bien plus astucieux que leurs cousins de la tradition, se construisent une cabane en hauteur. Le loup, affamé comme tous les loups des contes, en sera pour ses frais. Peut-être même - la fin le suggère - se verra-t-il forcé de devenir végétarien s’il tient à rester en vie ! L’album adopte un format tout en hauteur - cabane perchée oblige. Un texte se limitant à l’essentiel et des illustrations qui mélangent subtilement gravures et collages.

 


Le tapis en peau de tigre - Gerald Rose - Albin Michel Jeunesse (Panda Poche)
Qui donc aurait envie de mener la vie d’une carpette ? Personne, me direz-vous.

Et pourtant, le tigre de cette histoire est si miteux et si vieux, il a tant de mal à trouver sa nourriture, qu’un jour, en catimini,

il prend la place du tapis - en peau de tigre - de la salle à manger du Rajah. À lui, à présent, les restes des plats et les fonds de théière. Or, un tigre qui mange à sa faim finit toujours par grossir un brin.

La supercherie va-t-elle être découverte ? On vous laisse sur votre faim ! Un album publié pour la première fois en 1979 - Année internationale de l’enfant - qui n’a pas vieilli du tout.

 


Les sauvages - Mélanie Rutten - Éditions MeMo
« C’était une nuit. C’était il y a longtemps ». Dès les premiers mots, le lecteur est captivé. Il suit les deux petites ombres qui s’enfuient sur un radeau à travers la forêt immergée et qui finissent par disparaître dans le tronc d’un arbre creux. À l’autre bout, il suffit d’une bougie et d’une allumette qui craque pour les faire passer de l’obscurité à la lumière. Ce sont à présent une petite fille et un petit garçon, pieds nus et en pyjama. Ils ne sont plus seuls. Voici un bébé mousse qui grandit, une branche qui pense aux autres, un bonhomme de paille qui rêve et une pierre qui pense à dormir et à manger. Il y a aussi un sauvage qui fait peur mais il suffit de l’ignorer pour qu’il disparaisse ou de l’apprivoiser pour qu’il rapetisse... Un album dédié « Aux promesses de l’aube ».

 


Imagine - Aaron Becker - Gautier Languereau
Si vous pensez que les mots sont indispensables pour raconter une histoire, vous allez constater à coup sûr que vous êtes dans l’erreur. Avec Imagine, album sans texte, vous partez à l’aventure dans une forêt luxuriante, vous voyagez en bateau vers une ville moyenâgeuse, vous frôlez des dangers, vous vous promenez en ballon, vous tombez nez à nez avec des machines improbables… Tout ça parce qu’au départ, une petite fille - dotée de parents très occupés - s’ennuyait toute seule malgré son ballon rouge, son cerf-volant rouge et sa trottinette rouge. Elle s’ennuyait jusqu’au moment où elle a ramassé un crayon, rouge bien entendu. Un crayon, c’est magique n’est-il pas ? Et, cerise rouge sur le gâteau, à la fin de l’histoire, la petite fille n’est plus toute seule !

 


Le concours de force - Delphine Bournay - l’école des loisirs
Il paraît que Delphine Bournay et ses deux sœurs ont imaginé très tôt bien des histoires pour se faire rire. C’est son éditeur qui parle et qui poursuit : « Aujourd’hui, elle raconte des histoires aux enfants parce qu’elle a encore besoin de rire ». Si vous souhaitez vérifier si l’info est exacte, plongez-vous dans cet album cartonné qui lorgne vers la BD. Taupinette s’accorde un moment de lecture après avoir cuisiné des biscuits quand tout à coup, boum, un énorme rocher vient obstruer l’entrée de sa maison. À l’initiative de Renard, moult personnages vont essayer de déplacer la grosse pierre. Tout en dégustant au passage les fameux biscuits. Pendant que Taupinette mène au téléphone un dialogue improbable avec sa grand-mère, sourde comme un pot !

 


Catégorie 3 Chouettes (dès 7 ans)

Le chien que Nino n’avait pas - Edward van de Vendel et Anton Van Hertbruggen* - Didier Jeunesse
Nino est un petit garçon imaginatif et solitaire. Le monde des adultes ne semble pas très présent dans sa vie. Avant, il n’avait pas de chien. Mais il en avait inventé un qui ne le quittait pas d’une semelle et que, bien entendu, il était le seul à voir. À présent, Nino a un chien pour du vrai. Gentil, doux, espiègle et tout. Mais forcément, différent du chien qu’il n’avait pas. N’allez pas croire que c’est une histoire triste. « Non, tout ça, ce n’est pas vraiment grave ». Car Nino a tant d’imagination qu’aujourd’hui il s’est mis à songer au caribou qu’il n’a pas et au zèbre qu’il n’a jamais vu et au crocodile, à la girafe et à plein d’autres animaux. Et aussi à tous les chiens… qu’il n’a pas.

 


 

Le meilleur livre pour apprendre à dessiner une vache - Hélène Rice et Ronan Badel - Éditions Thierry Magnier
Avant d’ouvrir ce petit album cartonné de format à l’italienne, observez bien la couverture. Certes, la préoccupation didactique du titre est séduisante à souhait : qui n’aurait pas envie d’apprendre à dessiner une vache ? Et je peux vous assurer qu’à l’intérieur, vous trouverez deux recettes détaillées avec grand soin. Et c’est bien la patte et le sabot d’un ruminant qui débarquent sur la 4e de couverture. Mais ce vert flashy et cette forme oblongue ne vous mettent-elles pas la puce à l’oreille ? Autrement dit, n’y aurait-il pas un brin d’humour absurde là-dessous ? Mais oui, bien sûr, vous avez gagné : voici un petit livre désopilant qui joue sur la liberté de l’artiste et les pouvoirs du dessin !

 


Tor et les gnomes - Thomas Lavachery* - l’école des loisirs (Mouche)
Le jeune Tor est parti à la pêche avec son père et son oncle Einar. Comme c’est souvent le cas, le poisson refuse de mordre. La faute à qui ? Au farfajoll, évidemment. Si vous ignorez que le farfajoll est un gnome des rivières dont l’activité principale est d’empêcher le poisson de mordre à l’hameçon, ce sera votre première découverte. Vous apprendrez ensuite comment deux pêcheurs malchanceux vont tenter de se débarrasser de cet empêcheur de pêcher en rond. Heureusement pour le farfajoll, Tor est un être bienveillant et sa mère volontiers complice !

En bonus, le portait d’autres trolls qui apparaîtront peut-être dans un prochain roman : trolls des eaux, des grottes, des montagnes, des volcans, des prairies, des rochers, des cheminées, des forêts, des neiges… et même du littoral.

 


Une journée avec Mousse - Claire Lebourg - l’école des loisirs (Mouche)
Voici Mousse, petit personnage au long museau et aux rayures vert tendre. Il vit au bord de la plage dans une paresse heureuse mais très organisée. Ainsi, chaque matin, « il se savonne, puis se rince à l’eau claire pour retirer le sel, se donne trois coups de peigne, se lave les dents et réfléchit de longues minutes à sa tenue du jour ».

Mais précisément, ce matin, quelle n’est pas sa surprise d’apercevoir un visiteur dans le fauteuil du salon ! Une sorte de mammifère marin non identifié qui semble bien décidé à s’incruster et qui est bientôt rejoint par toute sa petite famille. Heureusement pour l’intrus, Mousse est bienveillant et généreux.

Et l’univers de l’artiste poétique, singulier et plein de fantaisie.

 


Mère Méduse - Kitty Crowther* - Pastel
Mère Méduse n’évoque pas la Gorgone de la mythologie. Elle ne ressemble pas non plus aux animaux marins dont les tentacules gâchent nos bains de mer. Mère Méduse aime si fort sa petite Irisée qu’elle veut la garder pour elle toute seule. Au début, ça a dû être doux de se sentir protégée comme dans un nid par la chevelure de sa mère.

Car Méduse a de très longs cheveux.

Des cheveux intelligents qui savent tout faire : protéger, soulever, porter, donner à manger, guider et même apprendre à lire et à écrire. Mais aussi construire des barrières pour isoler du monde extérieur. Lequel, plein de couleurs et de choses merveilleuses, devient très vite attirant. Lorsque la petite fille aperçoit d’autres enfants, elle n’y tient plus, c’en est trop. Mais, surprise : c’est Mère Méduse elle-même qui finit par proposer à sa fille d’aller à l’école !

 


Catégorie 4 Chouettes (dès 9 ans)

Bonnets rouges et bonnets blancs / un conte antillais - Praline Gay-Para et Rémi Saillard - Didier Jeunesse (Contes du monde)
Vous connaissez l’histoire du Petit Poucet qui fut abandonné avec ses frères au beau milieu des bois ? En voici une version qui vient de la Guadeloupe. Les frères y sont quatre et non sept, leur mère les élève seule, le redoutable méchant n’est pas ogre mais diable et, à la fin, les enfants ne retournent pas chez leur mère. Mais à ces détails près, qu’on aura plaisir à repérer, la trame est fort proche de celle transmise par Perrault. Vous serez séduit par un texte chantant et musical, tantôt inquiétant, tantôt cocasse. Et par des illustrations exprimant à merveille la démesure entre le méchant, énorme et ridicule, et le petit, espiègle et minuscule.

 


 

Combien de terre faut-il à un homme ? - Annelise Heurtier et Rafaël Urwiller - Éditions Thierry Magnier
Laissez-vous transporter dans un pays au climat rude. Imaginez le paysan Pacôme, cultivant son petit lopin de terre balayé par les vents. Sa famille ne manque de rien.

Et pourtant, il rêve : « Si seulement j’avais plus de terres… ». Une idée fixe qui va dominer son existence et lui faire parcourir des kilomètres. Jusqu’à ce qu’un chef nomade lui fasse cette proposition : « Toute la terre que tu pourras parcourir en une journée de marche sera à toi, pour mille roubles seulement ». Hélas pour Pacôme, c’était une offre soumise à conditions. Cette histoire est inspirée d’un conte de Léon Tolstoï, lequel aurait trouvé ses sources chez Hérodote et chez des nomades Bashkir.

 


Robin au fond des bois - Malika Ferdjoukh et Olivier Balez - Gallimard Jeunesse (Folio Junior)
Plonger dans un suspense bien ficelé, c’est le plaisir de tourner les pages le cœur battant, totalement immergé dans la lecture. Ce plaisir vous est offert ici par une passionnée de polar. C’est l’automne.

La nuit va tomber. Il fait froid et venteux. Robin et son petit frère Jules montent dans le train qui va les conduire chez leur grand-mère. Et comme, dans le train, Robin a repéré un « grand » de l’école qui le terrorise, les deux enfants descendent avant le bon arrêt. Commence alors un périple à travers une forêt obscure qui va les mettre face à face avec un « vrai » méchant. Mais n’ayez crainte, ce thriller se termine sur une note d’humour bien réconfortante.

 


Au bout des rails - Manuela Salvi et Maurizio A.C. Quarello - Sarbacane (Flex)
De la fantaisie avant toute chose. D’ailleurs, l’album est dédié « À tous ceux qui, hors des rails, ne se sont pas perdus ». Alors que Victor le conducteur du train proclame fièrement qu’il suffit de suivre les rails, que Magda la contrôleuse poinçonne joyeusement les tickets, une surprise les attend : après quelques kilomètres, les fameux rails s’arrêtent aussi sec. Qu’à cela ne tienne, il suffit d’en peindre soi-même et le tour sera joué. Et comme Victor et Magda ne sont pas d’accord sur la direction à prendre, chacun continue de son côté. Mais ce ne sera qu’un au revoir. Car, après le deltaplane, la Vespa, le navire et la montgolfière, Victor voudra essayer l’ascenseur. Et qui sait où peut mener un ascenseur !

 


Le chevalier de Ventre-à-Terre - Gilles Bachelet - Seuil Jeunesse
 « Pas une minute à perdre ! ». Ce sont le premiers mots prononcés ce matin par le chevalier de Ventre-à-Terre. Quoi de plus urgent en effet que de défendre un quartier de fraisiers envahi par son ennemi juré ?

Si l’on en croit le texte, notre chevalier ne perd en effet pas une minute. Et il n’y est pour rien si à son arrivée sur le champ de bataille, le soleil est déjà haut dans le ciel, qu’on ne se bat pas le ventre vide, ni même le ventre plein, qu’après la sieste, il est trop tard pour se lancer dans une bataille et qu’il vaut mieux la remettre au lendemain. Évidemment, si vous regardez les illustrations, le point de vue est différent. Que le chevalier est un escargot, vous le savez depuis la couverture. Mais que l’artiste développe un véritable plaidoyer pacifiste en même temps qu’un éloge jubilatoire de la lenteur, vous ne vous lasserez pas de le découvrir en scrutant chaque page dans tous ses détails.

 


Catégorie 5 Chouettes (dès 11 ans)

Carton rouge. Matthias Sindelar. Le Mozart du ballon rond - Fabrizio Silei et Maurizio A.C Quarello - âne bâté Éditions
L’histoire se passe en Autriche, juste avant l’Anschluss. Le jeune Martin est impatient de voir jouer Matthias Sindelar, son idole, dans un dernier match Autriche-Allemagne…

Nous sommes dans un album de fiction.

Mais Matthias Sindelar a réellement vécu le destin qui est décrit ici. Considéré comme le meilleur joueur de l’histoire du football autrichien, il refusa, après l’annexion de son pays à l’Allemagne, de porter le maillot du Troisième Reich. Sa mort, en 1939, n’est probablement pas étrangère à cette attitude résistante. Fabrizio Silei est sociologue, spécialisé dans les questions d’identité et de mémoire. On retrouve ces préoccupations dans son œuvre pour la jeunesse.

 

 


Un ours dans la bergerie - Quitterie Simon - Éditions Thierry Magnier
L’auteur est originaire des Pyrénées françaises et c’est là qu’elle installe ce récit, centré sur une famille d’éleveurs de moutons. Dans la région, une ourse vient d’être massacrée avec son petit et la gendarmerie enquête. Le jeune Elias est attentif à ce qui se vit et se dit autour de lui quant à la reproduction des ours dans le massif.

Il comprend bien les deux logiques qui s’affrontent : la protection des espèces sauvages et la pérennité des activités économiques locales. Pourtant, lorsqu’il se trouve subitement confronté à un ourson blessé, son empathie naturelle l’emporte sur les discours et partis pris de son entourage. L’auteur aurait pu nous décrire un pur acte de résistance, voire nous entraîner dans un banal conflit de génération. Il n’en est rien et c’est heureux. Nous sommes dans un conflit de loyauté qui génère une tension palpable jusqu’à la dernière page.

 


L’amour, c’est n’importe quoi ! - Mathieu Pierloot* - l’école des loisirs (Neuf)
Ce matin, le professeur de français - mademoiselle Junon - a annoncé à toute la classe : « Cette nuit, j’ai rêvé que l’un de vous deviendrait un grand écrivain ». Et de distribuer ensuite à chaque élève un carnet à spirale, demandant d’y noter « tout ce qui lui passait par la tête ».

Sacha - le narrateur, 11 ans - se met donc à observer le monde. Sa grande sœur, Lucie, vient d’être plaquée par son petit ami. Ses parents semblent toujours aussi amoureux que lors de leur première rencontre. Mademoiselle Junon et monsieur Humbert, le prof de gym, semblent éprouver l’un pour l’autre de tendres sentiments. Et lui-même, Sacha, n’arrive pas bien à définir le sentiment qui le lie à sa grande amie Juliette. C’est donc à propos d’amour qu’il s’interroge et qu’il va nourrir son fameux carnet. Et comme l’auteur a doté Sacha d’un solide sens de l’humour, ce qu’il nous est donné de lire est à la fois drôle et profond.

 


Le seul et unique Ivan - Katherine Applegate et Patricia Castelao - Seuil
L’auteur, Katherine Applegate, découvre un jour dans le New-York Times un récit qui la bouleverse. Il y est question d’Ivan, un gorille « dos argenté » qui, après une captivité de vingt-sept ans dans la cage de Circorama, un centre commercial minable, a rejoint le zoo d’Atlanta. Elle décide de donner voix à Ivan, l’imaginant narrateur d’une autobiographie, depuis l’enfance heureuse parmi les siens jusqu’à la cage.

En peu de mots - « les hommes ont plus de mots que nécessaire » -, Ivan dialogue avec ses amis animaux. Grâce à l’aide d’une jeune humaine, il se met aussi à dessiner. Toujours calme et digne, il s’interroge sur son identité. Est-il humain ou gorille ?

Ce n’est que lorsque débarque - pour être exhibée en public - une petite éléphante que sa révolte éclate !

 


Off - Xavier Salomó - Seuil Jeunesse
Sur le dos d’un cerf, une petite fille revêtue d’un châle rouge chemine en silence dans un paysage dévasté, vide de toute trace humaine. À l’horizon, une énorme cheminée fumante semble dominer ce monde sans vie. Par une petite porte rouge, l’enfant et le cerf pénètrent au cœur de l’édifice.

Une salle immense, un temple dédié à la technologie, exhibant en bonne place le fameux bouton rouge on/off. Après le off décidé par l’enfant, le sommeil s’empare des deux compagnons. Le temps passe. Surprise : le cerf a perdu ses bois. On ne peut s’empêcher de songer que, grâce à cette ramure qui tombe et se renouvelle, le cerf est un symbole de vie, de renouveau et de passage du temps. Et en effet, au réveil, la nature a reverdi, la vie repris possession du paysage. Quant aux deux compagnons, ils reprennent la route. Les bois du cerf repoussent. D’autres tours les attendent. Un album sans texte, certes complexe et riche de symboles, mais ouvert aux interprétations, aux suites et aux commentaires qu’apporteront les lecteurs 5 chouettes !